Dans le cadre de l’année sacerdotale qu’à proclamée
le Saint-Père le 19 juin dernier, le bulletin « Messages » et le blog de la paroisse Saint Laurent en Châtaigneraie ont voulu ouvrir leurs colonnes aux prêtres d’hier et
d’aujourd’hui pour apprendre à mieux connaître la beauté du sacerdoce. Sous forme d’interview, nous ouvrons cette rubrique jusqu’au 19 juin prochain, et commençons par un prêtre que beaucoup
connaissent parmi nous, puisqu’il a été curé du secteur pastoral du Rouget, il y a déjà maintenant 3 ans : l’abbé Thierry Selves.
1 - Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ? Quel a été votre itinéraire et quels sont vos fonctions
actuelles ?
Je suis né à Montauban le 18 août 1968. J’ai grandi à
Colomiers, une petite ville près de Toulouse. Après des études de comptabilité et mon service militaire, ne trouvant pas de travail, je décide de reprendre des études, cette fois-ci pour devenir
éducateur. J’ai travaillé ensuite trois ans dans une maison d’enfant dans le Tarn, puis deux ans dans une maison pour enfants épileptiques en région toulousaine. Après une expérience dans la vie
religieuse, j’ai travaillé deux ans au C.A.T. d’Anjoiny à Saint-Cernin. Actuellement, je suis curé de Maurs et de Saint-Etienne-de-Maurs, membre du Conseil Episcopal, adjoint au service des
vocations et responsable des servants d’autel pour le diocèse.
2 - Qu’est-ce qui vous a conduit à entrer au séminaire
?
J’ai ressenti l’appel au sacerdoce pour la première fois
à l’âge de 11 ans, le jour de ma première communion. Je me suis dit que moi aussi comme le prêtre, je voulais donner Jésus aux autres. Mais les élans de l’enfance se dissipent vite à
l’adolescence. Mais le Seigneur est tenace et il me fait rencontrer une religieuse de la Sainte Famille de Villefranche de Rouergue qui à son tour me fait rencontrer un jeune frère des Pères du
Sacré Cœur de Bertharram (près de Lourdes). La devise du fondateur de cette communauté me séduit « Me voici, sans retard, sans retour et par amour ». Je serais donc religieux. Mon
noviciat se fait en parti au séminaire Saint Cyprien de Toulouse et à Pibrac. Mais, je me rend compte que la vie religieuse n’est pas faite pour moi. La découverte de la vie au séminaire, mon
amitié avec Philippe Boyer et Emmanuel Laporte, les semaines mariales à Quézac, fond remonter en moi le désir d’être prêtre. Je suis au chômage et je me mets à écrire à tous les centres et
établissements sociaux de France. Un seul me répond : le CAT d’Anjoigny dans le Cantal. Je vais vivre deux années à Aurillac comme paroissiens de Notre Dame aux Neiges et Saint-Géraud et je
découvre le diocèse de Saint-Flour. Je retourne au séminaire Saint Cyprien et à l’Institut Catholique de Toulouse comme séminariste pour le diocèse de Saint-Flour. Monseigneur Séjourné m’ordonne
diacre en 2002 à ND aux Neiges puis prêtre en 2003 à l’abbatiale Saint-Géraud. J’ai passé une année de ministère dans la Vallée de la Jordanne, puis trois ans curé du secteur pastoral du
Rouget.
3 - D’après vous, c’est quoi un prêtre ?
A quoi ça sert ?
Un prêtre, cela sert à donner Jésus et pour ce faire à se
donner soi-même. Rien de bien original mais je reprendrai la grande tradition de l’Eglise qui a donné trois missions au prêtre : célébrer, enseigner, secourir (charité). Le prêtre est
l’homme de la célébration. Son ordination lui donne « le pouvoir » de donner aux autres le Christ par le biais des sacrements du baptême, du mariage, de la réconciliation et des
malades. Il est ainsi celui qui accompagne tout au long de votre vie, celui qui nous conduit à Dieu. Comme l’avait si bien dit le Saint Curé d’Ars au jeune garçon qui lui montrait le chemin
d’Ars.
Le prêtre est aussi celui qui enseigne. Il a le souci
d’annoncer la Parole de Dieu à chaque fois que l’occasion se présente (homélie, préparations aux sacrements, catéchèse et aumônerie).
Je m’investi beaucoup dans la transmission de la foi et
pas uniquement en direction des enfants. Aujourd’hui tous les chrétiens ont besoin de se former, d’approfondir leur foi et pour certain découvrir la richesse de la Bible. Le prêtre est aussi
l’homme qui a le souci des pauvres et des petits. Saint François d’Assise, Saint Vincent de Paul, la bienheureuse Mère Thérésa sont pour moi des modèles en la matière. Mais je dois avouer que
cette dimension de la charité ne m’est pas facile à vivre. Devant la pauvreté, la maladie et la vieillesse, je me sent souvent désemparé.
4 - Quelles sont pour vous les plus
belles qualités d’un prêtre ?
Voilà une question bien difficile. Le prêtre est avant
tout un homme de Dieu, c’est à dire un homme passionné par Dieu : un amoureux de Dieu. Le prêtre, c’est aussi un homme donné pour les hommes et les femmes de son temps. Je suis prêtre, parce
que je veux donner Jésus à mes frères et sœurs qu’ils soient des paroissiens modèles, qu’ils soient croyants « non pratiquants » ou même athée. Je prie, je vis et j’agis pour que tous
découvre celui qui du sens à ma vie : Jésus Christ.
Pour faire simple, je dirai que le prêtre, c’est celui
qui essaie de vivre au quotidien dans les plus petits détails de sa vie le double commandement de l’amour : « Tu aimerais le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de
toute ta force, et de tout ton esprit ; et ton prochain comme toi-même. » (Lc 10,27).
5 - Comment organisez-vous votre vie de prière avec la charge que
vous impose la gestion d’une paroisse ?
Depuis le séminaire, j’ai pris l’habitude de me donner
une règle de vie que je réactualise régulièrement. Ma vie se divise en trois : prière, travail et temps personnel. Ma vie de prière n’a rien d’original : bréviaire, adoration
eucharistique, oraison, lectio divina, chapelet et sacrements sont le quotidien de ma prière. De tous ses moyens de prière que l’Eglise me donne, c’est le bréviaire qui m’aide le plus à prier. Il
y a 7 temps de prière qui régulent la journée : pas toujours facile de les faire tous mais avec de la bonne volonté, on y arrive !
Mon « travail » que l’on appelle ministère est
celui qui me prend le plus de temps. Ce ministère est passionnant car aucune journée se ressemble. La journée peut parfois être longue et prendre une partie de la nuit.
Puis, il y a toujours dans ma semaine un temps plus
personnel. Je remercie Monseigneur de nous avoir donner le lundi de repos même si c’est presque impossible d’être tranquille. Il faudrait partir ? Mais où ? Mon temps personnel, je le
passe à lire, à écouter de la musique, bricoler au presbytère et à cuisiner. J’ai besoin dans ma semaine de faire ainsi une pause pour refaire mes forces.
6 - Que pensez-vous du rôle des laïcs
dans l’Eglise ?
Nous sommes tous l’Eglise. Trop souvent
dans notre diocèse et surtout les générations aînées, on associe Eglise et « curé ». C’est une mauvaise association, je préfère Eglise et communauté. Je ne suis pas l’Eglise. Le mot
église vient du mot grec « Ecclésia » qui signifie peuple convoqué ou rassemblé. Un peuple qui se rassemble au nom de Jésus, voilà ce qu’est l’Eglise. Si dans un temps proche, le prêtre
a tout fait sur la paroisse, cela ne fut pas toujours une bonne chose. Aujourd’hui, il est urgent que les laïcs et les prêtres travaillent ensemble, chacun selon leur vocation. J’aime
personnellement qu’il n’y ait pas de responsable de tel ou tel service paroissial mais des équipes qui font vivre la paroisse. Mon rôle étant d’organiser et d’harmoniser l’action de ces équipes.
Je crois au tandem prêtre – équipe laïcs. L’avenir de l’Eglise passe par des communautés vivantes qui sont composées à majorité de laïcs. Chaque baptisé a sa place dans l’Eglise et a le devoir de
se mettre au service de la communauté au nom de son baptême.
7 - Vous oeuvrez beaucoup en faveur des jeunes. Quel message
souhaiteriez-vous donner aux jeunes de notre diocèse ?
Je ne sais pas si j’œuvre beaucoup auprès des jeunes. On
devrait faire plus encore sur nos paroisses ! Cela devrait être notre priorité, car il s’agit de l’avenir de l’Eglise. Le message que je donnerai aux jeunes de ma paroisse et aux jeunes en
général, c’est de ne pas tout attendre des adultes. Beaucoup de jeunes aujourd’hui sont gavés de gadgets et de choses inutiles. On a fait de nos jeunes des passifs, des consommateurs. J’ai envie
de leur dire : « n’attendez pas des autres votre bonheur, donnez-vous. Notre société ne sait plus nous encourager au don de soi-même. Malheureusement, il n’y a pas vraiment de vrai
bonheur sans don. Cela est vrai pour toute vocation : mariage, sacerdoce, vie religieuse… Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir ! ».
8 - Encore un mot ?...
En conclusion, je dirai que depuis 6 ans que je vis une
fabuleuse aventure au service de Dieu et de mes frères et sœurs. Heureux de servir, de tout donner pour que Jésus puisse régner dans le cœur des hommes et des femmes de notre
temps.